Assbc
L'inspiration de l'Ecriture
Lire la Bible

Voici un commentaire de la Bible des Peuples sur le passage du Deuxième livre de Timothée, chapitre 3, versets 14-17.

Il y est question de l'inspiration de l'Esprit saint dans l'Ecriture de la Bible.

Toute Écriture inspirée est utile… (2 Timothée 3.16)


Cette phrase pourrait être comprise par: "Tous les textes de l’Écriture sont inspirés de Dieu". Ou mieux encore: “Toute Écriture (est) porteuse de l’Esprit de Dieu”. Car il ne suffit pas de dire que la Bible a été écrite sous l’impulsion de l’esprit : les textes ne deviennent pour nous Parole de Dieu que dans la mesure où nous restons sur le terrain de l’Esprit.


On sait que la Bible n’est pas d’abord un livre culturel, mais ce serait encore peu de dire que c’est un texte religieux. Ce texte n’est utile pour enseigner, reprendre, redresser… que dans la mesure où l’on a réservé la place de l’Esprit.


La liturgie orientale de Saint Jean Chrysostome est très parlante à cet égard : le livre des Évangiles est déposé avec le pain et le vin sur la table des offrandes et il est porté à l’autel entouré des mêmes rites. Toute la liturgie montre que les deux sacrements de la Parole et de l’Eucharistie sont sur le même plan, et l’on invoque l’Esprit à la fois sur le pain et le vin pour qu’ils soient corps et sang du Christ, et sur le livre pour qu’il soit porteur du souffle de Dieu.


Le livre sacré est tout entier l’œuvre, à la fois de Dieu et de celui qui l’a rédigé. Mais leur apport est très différent. D’une certaine façon, l’œuvre n’existe comme telle, avec sa vie propre, que lorsque son auteur est mort, ou ne peut plus intervenir. Et c’est le cas pour Dieu qui seul sait ce qu’il a voulu mettre dans son œuvre lorsqu’il la laisse désarmée entre nos mains. L’auteur humain, pour sa part, qu’il soit un sage ou un prophète, n’agit pas vraiment comme un auteur, mais bien plutôt comme un interprète ou un témoin, car sa première préoccupation est de transmettre ce qu’il voit être la foi de son peuple et la révélation de Dieu.


Lorsque nous cherchons à savoir comment ces livres ont été écrits, comment on les a reconnus comme Parole de Dieu, bien des problèmes apparaissent et il nous semble parfois que le parcours sans embûches qui les a menés jusqu’à la canonisation doive beaucoup au hasard : pourquoi a-t-on retenu tel livre plutôt que tel autre ? Avait-on besoin d’Abdias, ou d’Esther, ou de la lettre de Jude ? Vue après coup, la reconnaissance des livres sacrés doit quelque peu à la chance.


Mais si nous nous plaçons du point de vue de Dieu, il n’y a pas de hasard : pour Dieu, il y avait d’abord un but à atteindre, et ce but précède les événements qui y aboutiront selon des trajectoires qu’aucun observateur humain n’aurait pu prévoir. Dans son plan, il y a eu dès le départ le salut qu’apporterait le Christ ; et de même il a voulu nous laisser une révélation écrite dont on découvrirait tout le sens lorsque l’Esprit serait donné au peuple de Dieu : c’est dire qu’il a voulu la Bible comme un instrument dont son Esprit saurait faire usage, soit pour orienter la foi de l’Église comme un corps, soit pour les croyants qui à toute époque y chercheraient un réconfort.


Si nous le prenons ainsi, nous échappons au dilemme insoluble auquel beaucoup se sont heurtés et qu’on pourrait exprimer schématiquement en ces termes : Ou bien tous les mots sont inspirés, mais alors, comment ne pas attribuer à Dieu toutes les erreurs et faiblesses du livre ? Ou bien seul le sens du message est inspiré, et les faiblesses du récit ou les ignorances qu’on y trouve sont la part de l’écrivain ; mais alors, qui reconnaîtra le message s’il n’est pas dans les mots ?


On se contente trop souvent d’une réponse facile mais très insuffisante : on dit que l’inspiration garantit le message religieux, mais elle laisse courir les erreurs sur des points historiques ou scientifiques. C’est vrai, bien sûr, dans une certaine mesure, mais si nous regardons comment les auteurs sacrés eux-mêmes ont utilisé les textes qu’ils lisaient dans leur Bible, nous voyons que pour eux tous les mots étaient porteurs de sens : voir les discussions de Paul en Galates 3, tout spécialement à propos de descendants et descendant. Si l’inspiration ne couvre que le message religieux, qu’est ce qui est partie du message religieux ? Que les femmes doivent avoir la tête couverte à l’église (1Corinthiens 11.2-16) ? Et puis, la Bible est-elle d’abord un message ?


Nous devons donc maintenir que tout le texte est inspiré, mais il est clair que nous l’entendons dans un sens tout différent de la façon dont les musulmans, par exemple, comprennent l’inspiration du Coran. Pour eux le texte et tous les mots du texte ont été donnés par Dieu en arabe, et c’est ce texte qui est inspiré : on ne devrait même pas le traduire. Pour un chrétien, au contraire, le texte biblique est un sacrement, et c’est pourquoi l’Esprit n’est jamais enchaîné à la lettre de l’original. C’est ainsi que le même texte se prête à des commentaires d’esprit très divers. Et c’est aussi la raison pour laquelle la compréhension de la Bible ne dépend pas d’abord de quelque nuance de l’hébreu ou du grec mais des dons de connaissance dont Paul nous parle en divers endroits : ils sont la condition de tout apostolat fécond (Romains 10.2 ; Éphésiens 1.17 ; Philippiens 1.9; Colossiens 1.9 et 3.10, sans oublier Jean 17).

shape