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Les synagogues de Capharnaüm

Au cours du premier siècle avant notre ère, on construisit en pierres locales une synagogue fort modeste, mentionnée à plusieurs reprises dans les Évangiles. Détruite pour une raison que nous ignorons, cette première synagogue laissa la place à un nouvel édifice - celui dont nous voyons aujourd’hui d’importants vestiges sur le site de Capharnaüm.

Si nous interprétons bien le compte rendu du pèlerinage aux Lieux Saints que fit une femme originaire semble-t-il de Galice dans les années 383-385, la nouvelle synagogue était déjà construite. Mais cette lecture ne s’impose pas suffisamment pour interdire de voir ici une conséquence du violent séisme de 419. La destruction de l’ancienne synagogue aurait exigé la construction d’un nouvel édifice. Hypothèse intéressante, mais impossible à vérifier par manque d’indices. Nous parlerons donc de synagogue d’époque byzantine, et c’est bien elle que les pèlerins du 5ème siècle mentionnent dans leur recension de voyage : « Il y a à Capharnaüm une grande et belle synagogue blanche ».

De la première synagogue où Jésus enseignait on ne voit plus aujourd’hui que les assises basaltiques des murs est et ouest qui servirent de fondations à la nouvelle synagogue.

Capharnam

Qu'est-ce qu'une synagogue?


Il semble bien que les origines de la synagogue soient à chercher à Babylone, comme en Égypte. En 586 le Temple est détruit par les armées de Nabukodonosor, privés du culte qui s’y célébrait, les Juifs exilés en Mésopotamie se regroupèrent autour de la Thora, la Loi donnée jadis par Moïse à leurs Pères.

La même initiative se retrouve dans le même contexte en Égypte : beaucoup d’Israélites ont fui au pays des Pharaons devant l’avance des Chaldéens ; et là, eux aussi vont se réunir pour lire et étudier la Thora, pour prier et chanter psaumes et prières de bénédictions.

Revenus sur leur terre, les Juifs développèrent cette institution et en harmonisèrent peu à peu le fonctionnement et le rituel. Villes et villages avaient leurs synagogues.

Le culte y était célébré journellement : récitation du Chema (profession de Foi d’Israël), psaumes, prières de bénédictions, tout cela matin, midi et soir, sans oublier l’approfondissement des Écritures sous la conduite des Maîtres de la Loi.

L’institution de la synagogue a traversé les siècles, elle est encore aujourd’hui un des piliers du Judaïsme et le mot synagogue désigne tout à la fois le rassemblement de la communauté autour de la Thora et le lieu où se fait ce rassemblement.

Durant les derniers siècles de l’Ancien Testament les synagogues sont de simples maisons, ne se distinguant en rien des habitations communes si ce n’est par leurs dimensions ; mais plus tard selon les lieux et les temps elles se diversifieront en raison de leur implantation dans un milieu culturel particulier.

Ouvrons l’évangile selon Saint Luc et écoutons : « Jésus vint ainsi à Nazareth où il avait grandi. Il se rendit à la synagogue comme il avait coutume de faire le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui passa le livre du prophète Isaïe… » Luc 4,16-17

A Gamla au nord est du lac de Tibériade, sur les pentes impressionnantes de la colline, on peut voir les ruines basaltiques de la synagogue datant des jours de Jean Hyrcan II qui régna de 63 à 44 avant J.-C.

A l’autre extrémité de la Palestine, dans la forteresse asmonéenne de Massada au bord de la Mer Morte, la synagogue n’est encore qu’une salle parmi les autres, aménagée pour l’étude et la prière.

Il en va de même, à une quarantaine de kilomètres plus au nord, et toujours dominant la Mer Morte, dans la forteresse de l’Hérodium, datant de la même période.


Mais les choses changent quelques siècles plus tard : les synagogues témoignent alors de la richesse de la communauté et se singularisent par le mode et le style de leur décoration. A Sardes en Asie Mineure, pour prendre un exemple, le quartier juif est rassemblé autour d’une synagogue où le marbre est roi, colonnes de l’Atrium, placage des murs, mosaïques des sols rayonnent de la blancheur liliale de la pierre arrachée aux contreforts du Taurus.

Synagogue de Massada
Synagogue de Capharnaüm

La grande synagogue

Entrons dans la seconde synagogue de Capharnaüm, celle du 5ème siècle. Elle est le parfait exemple des synagogues palestiniennes de cette période. Le plan en est rectangulaire : orienté nord-sud. N’oublions pas en effet que nous sommes au plein nord de Jérusalem. Et si le Temple est détruit, si la communauté juive est exilée et dispersée, c’est cependant vers la Cité Sainte que se tournent tous les regards à l’heure de la prière. Les trois portes de la façade principale, s’ouvrent sur le Lac ; au-delà, là-bas, très loin là-bas, c’est Jérusalem !


A l’intérieur de la synagogue une colonnade dressée sur trois côtés supporte les charpentes et sépare la nef centrale des nefs latérales, tandis qu’une banquette de pierre à double niveau court le long des grands murs est et ouest. Car c’est sur ces bancs que prendront place les fidèles, laissant la nef à l’ambon et à l’estrade où se déroule la liturgie.


La première place de la banquette murale, à gauche comme à droite, est munie de deux accoudoirs plus ou moins travaillés, ici deux simples boudins de pierre. C’est là que siègeront les personnages importants de la Communauté. Ainsi, près des portes, solennellement assis sur ce siège d’honneur, ils seront salués et salueront à leur tour les membres de l’assemblée. Nous entendons déjà le reproche que Jésus adresse aux Pharisiens : « …ils aiment les premières places dans leurs synagogues ! »


Au milieu de la nef centrale était aménagée, en pierre ou en bois, une estrade pour les lectures. Il n’en reste rien ici ; mais à Korozaïn, quelques kilomètres plus au nord une pierre scellée dans le sol marque sans doute l’emplacement de l’ambon.


A Capharnaüm, sols, colonnes, murs et banquettes, tout est en calcaire : cela signifie qu’on est allé les extraire à grandes distances pour les rapporter et les travailler ensuite ici. Car la décoration est abondante, gracieuse et riche de symboles ; linteaux, corniches, chapiteaux, colonnes portent toutes et tous la même marque d’un travail de grande qualité.

La synagogue byzantine s’impose dans le paysage du site archéologique de Capharnaüm. On découvre ici son plan rectangulaire. La photo est prise le dos tourné au lac. On remarque, courant le long du mur ouest (à gauche), la banquette à double niveau ; sa parallèle, le long du mur est, disparait en partie dans l’ombre des colonnes. La tache plus claire au centre du rectangle correspond à peu près à l’emplacement de l’estrade où se fait la lecture des Écritures.
Les banquettes latérales prennent leur départ à côté des portes ouvertes dans le mur sud. On remarque un bourrelet de pierre faisant office d’accoudoir à la première place, près de la porte. Celui qui l’occupe est vu de tous ceux qui entrent, c’est la place d’honneur. « … ils aiment les premières places dans les synagogues ! » (Marc 12,38)
Sur le mur est (à droite sur la photo) une porte s’ouvre sur un vaste atrium dont le sol garde des traces de jeux de société grossièrement gravés.
Le linteau et les montants de cette porte sont décorés : motifs d’inspiration végétale, rosaces et encadrements concourent à cette élégance.
Avant de sortir de la synagogue remarquons une inscription faisant office de signature. Elle est en grec : Hérodes, (fils) de Monimos et Ioustos, fils d’Amatios, et ses enfants ont fait cette colonne. Le noir des lettres a été renforcé pour en faciliter la lecture, mais leur graphisme a été parfaitement respecté.
Le mur sud, tourné vers Jérusalem, est percé de trois portes. Nous voyons ici, de l’intérieur la porte orientale et l’on devine entre les deux colonnes de premier plan le linteau, plus élevé, de la porte centrale. C’est le lac et le plateau du Golan qui montrent leur nez à l’horizon.
Sortant de la synagogue, nous nous retournons pour découvrir l’enfilade des trois portes du mur sud. Elles font face à Jérusalem, la Ville Sainte perdue très loin là-bas dans les montagnes de Juda.
Le linteau de la porte centrale est décoré de palmiers gracieusement sculptés dans le calcaire.
Au-delà des quartiers d’habitation on remarque le perron surélevé de la synagogue, sur lequel repose le mur aux trois portes de la salle de prière. Deux autres portes, à droite, permettent de passer directement du perron à l’atrium.

Une fouille menée sur le sol de la synagogue juste au nord de la porte orientale a livré des éléments intéressants, remontant pour certain à l’époque perse (5°-4° siècles av. J.-C.).

1. Sol d’une maison d’époque perse.

2. Four de la maison

3. Pavage d’une rue longeant l’ancienne synagogue

4. Huisserie de maison ou de cour même époque

5-6. Mur de l’ancienne synagogue devenu fondation de la nouvelle.

Sous le mur occidental de la nouvelle synagogue, on retrouve sur toute sa longueur le mur en basalte de l’ancienne synagogue, avec un léger angle de décalage. Ces deux derniers éléments permettent de dire que l’ancienne synagogue était de même longueur que la nouvelle, mais de moindre largeur.
Cette photo fait apparaître un détail intéressant : le respect des vestiges de l’ancienne synagogue. En construisant le perron les ouvriers ont préféré entailler l’une des marches du perron plutôt que de couper une des pierres de l’ancien mur.
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