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Bethléem dans les premiers siècles

Les imprévus de l’histoire

Paradoxalement, les Romains vont apporter leur pierre à l’authentification de la grotte. En 135 ap. J. C., Bethléem est occupée par une légion romaine qui extermine les derniers insurgés entraînés par Bar Korba, comme en font foi les inscriptions romaines trouvées près du tombeau de Rachel

« Alors, nous rapporte Saint Jérôme, l’empereur Hadrien, traita avec un odieux mépris les Juifs qu’il avait fait prisonniers lorsque les derniers défenseurs juifs de Jérusalem s’étaient rendus : il transforma Mambré, où l’on gardait le souvenir d’Abraham en un marché aux esclaves où il vendit ces Juifs aux païens.

Dans le même temps, à Bethléem, il profana la sainte grotte, l’entourant d’un bois sacré en l’honneur de Tammouz, l’Adonis des Grecs, l’amant d’Aphrodite. Ainsi, se célébrait désormais le culte des idoles dans le lieu même où nous adorons l’enfant Dieu. »

Heureuse profanation qui atteste que, dans la première moitié du 2e siècle, l’authenticité de la grotte était reconnue non seulement par les Chrétiens… mais encore par les empereurs impies. Authenticité confirmée par Justin, apologiste et martyr, mort à Rome vers 165, par Origène et Eusèbe de Césarée au siècle suivant.

Bethleem

Premiers aménagements

Au début du 4ème siècle, le Christianisme est en pleine expansion et Bethléem attire de plus en plus de pèlerins. En 326, Sainte Hélène, la mère de Constantin, qui s’est convertie elle aussi au Christianisme, engage les travaux de construction d’une grande basilique à cinq nefs, précédée d’un vaste atrium.

Tel était du moins l’édifice que l’on attendait. Mais non ! Au devant de la basilique rectangulaire se dressera un sanctuaire octogonal coiffant la grotte sacrée. Cette architecture proclamera la Foi de l’Église dans le Christ ressuscité le premier jour d’une semaine nouvelle, autrement dit, le huitième jour de la première Création.


Rien d’étonnant donc de retrouver cette forme octogonale dans les baptistères, où le croyant communie à la mort et à la Résurrection du Christ. Tel celui de Tékoa encore présent au milieu de ruines insignifiantes.


Tel encore à Éphèse, sur le côté de l’atrium de la Basilique dite « du Concile » où un baptistère aujourd’hui presque caché dans les herbes, laisse voir encore très nettement sa structure octogonale conforme à cette tradition byzantine.


Il en va de même pour les « Martyrium » où l’on vénérait les Saints Martyrs qui par leur supplice avaient proclamé leur foi dans le Ressuscité ; ainsi à Hiérapolis, en Asie Mineure, dans le martyrium de Saint Philippe. Ou encore dans les lieux de pèlerinage comme au tombeau de Saint Siméon le Stylite en Syrie du nord.


Cette forme d’architecture est encore utilisée pour souligner un évènement notoire de la vie de Jésus, comme à Capharnaüm, au bord du Lac de Tibériade, au-dessus de la maison de Saint Pierre.

Lorsqu’au 7ème siècle, les Musulmans bâtiront leurs deux édifices sacrés sur l’ancienne esplanade du Temple de Jérusalem ils suivront le modèle byzantin avec un octogone au-dessus de la Roche Sainte, ce sera le Dôme de la Roche… et deux, trois cents mètres plus au sud, la salle de prière, la Mosquée El Aqsa. De nombreux pèlerins ont décrit avec admiration les marbres, les décors d’or et d’argent, les peintures murales et les mosaïques qui donnaient à la basilique de Bethléem sa beauté.


Mais à l’heure présente, les colonnes et les architraves de bois sculpté au-dessus des chapiteaux sont avec les mosaïques qui recouvraient le sol les seuls vestiges de la basilique constantinienne consacrée le 31 Mai 339.


En 385, Saint Jérôme se fixe à Bethléem. Il fait d’une salle récemment édifiée au nord de la grotte primitive son bureau ; il y consacre son temps à la traduction et aux commentaires des Saintes Écritures. Il achève la “Vulgate”, traduction latine de la Bible à partir du texte hébreu.

Durant ce 4ème siècle, le monachisme né en Egypte est en pleine expansion. Jérôme épouse cette nouvelle forme de vie chrétienne et fait de cette bourgade de Bethléem, un centre monastique important avec le concours de Sainte Paule et de sa fille Eustochie, patriciennes romaines venues le rejoindre en Terre Sainte.


Deux siècles plus tard, le sanctuaire byzantin, construit sans doute trop rapidement, menaçant ruine, Justinien, empereur de 527 à 565, donne l'ordre de le raser, pour reconstruire une nouvelle basilique. Eutychios, patriarche d’Alexandrie au 9ème siècle, écrit ceci : « À Bethléem, Justinien voulut construire une église si belle, si splendide, si imposante, que même les églises de la ville Sainte ne pourraient rivaliser avec elle. »

On modifia les plans : un transept remplace maintenant la structure octogonale.

Pour assoir les colonnes sur un muret de fondation plus homogène et plus résistant, appelé stylobate, on fut contraint de relever le niveau général du sol. Ainsi les anciennes mosaïques disparurent – tout au moins dans leur majorité – au regard des visiteurs ; car de place en place des trappes furent aménagées pour permettre de les admirer.


On plaça – curieusement – une magnifique cuve baptismale, octogonale bien sûr, et monolithe, dans l’abside centrale à côté de l’autel. Par la suite ce baptistère fut déplacé dans le fond du bas-côté sud, où il se trouve encore aujourd’hui.


Enfin, deux escaliers latéraux furent aménagés de chaque côté du chœur pour permettre la descente à la grotte vénérée, en respectant un sens giratoire indispensable pour le bon déroulement des liturgies.

Cette œuvre de Justinien devait traverser près de 15 siècles sans connaître de grands dégâts : sort exceptionnel, car à chaque nouvelle visite d’église, un invariable refrain ponctue les commentaires des guides de Terre Sainte : « L’église construite ici par les byzantins fut détruite par les Perses de Chosroês II entre 612 et 614. » Or seule Bethléem échappa à cette triste règle. Une heureuse méprise en est la cause : sur la façade de la basilique, une mosaïque représentait les Mages en costumes orientaux. Croyant y reconnaître des gens de chez eux, les Perses respectèrent l’édifice, c’est du moins ce que rapportent les attendus d’un synode de Jérusalem pour justifier, en pleine crise iconoclaste, l’importance des icônes.


Depuis la conquête de la Palestine par le Calife Omar en 636, les sanctuaires de terre Sainte se trouvèrent livrés aux caprices des dynastes arabes et l’entretient des Lieux Saints ne dépendirent plus que de leur bon vouloir.

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