Visite de la Terre Sainte
NAZARETH
La ville
Son histoire
C’est en Galilée, au cœur de la Galilée que se trouvait le petit village de Nazareth, aujourd’hui une ville de près de 80 000 habitants : les quartiers arabes, regroupés depuis des siècles autour du vieux village, le quartier juif, récemment bâti, sur les collines au sud-est.
Bien que le village n’ait jamais été mentionné dans l’Ancien Testament, il fut occupé bien avant la période patriarcale, dès la fin du 3e millénaire av. J.-C., lorsque de petites cités cananéennes indépendantes s’implantèrent en Galilée, au voisinage des sources.
Deux périodes marquent l’histoire du peuplement
de Nazareth : dans un premier temps, l’habitat se situe au nord.
Les vestiges archéologiques du 3e millénaire (époque du Bronze ancien) proviennent surtout de tombes, repérées lors de fouilles entreprises derrière la basilique, et contenant des poteries d’argile de facture rustique.
Au 2e millénaire, époque du nouveau Bronze, la poterie reflète une recherche artistique dans le matériau comme dans la forme. A la période israélite (1er millénaire), l’habitat se déplace vers le sud, pour venir occuper, à l’époque royale, l’éperon où se trouvera le village au temps du Christ.
L’absence de vestiges entre le 8e siècle av. J.-C. et la période hellénistique laisse à entendre que le village fut ravagé lors de l’invasion assyrienne (735-721), et qu’il ne se releva de ses ruines que cinq siècles plus tard. Les pèlerinages chrétiens, dès les premiers siècles de notre ère, entraîneront le développement et l’extension du village. Aujourd’hui Nazareth est une des principales villes de Galilée : la ville arabe et la ville juive totalisent à elles deux près de cent mille habitants.
Nazareth à l’époque du Christ
Il ne reste aucune construction en maçonnerie remontant à cette époque. Seule est conservée la partie troglodytique des maisons, grottes naturelles ou taillées dans la roche calcaire, pour servir de dépendances ou de réserves, communiquant parfois par un réseau souterrain de galeries étroites, et creusées de citernes et de silos. Certaines de ces structures souterraines passeront à un autre usage, comme ce silo transformé en cellier, par l’adjonction d’un escalier. L’habitat de Nazareth découvert lors des fouilles se limite à quelques dizaines de maisons de petits artisans ou agriculteurs, mais il nous permet de toucher l’écrin où naquit et se développa la vie évangélique : une vie simple où l’homme vit d’abord de tendresse, d’amitié, de relations. « Là où est ton trésor, là, aussi sera ton cœur. » (Mt.6, 21). Par ces paroles, Jésus a consacré cette pauvreté dans laquelle il avait passé toute sa vie cachée : l’enjeu, pour tout homme, n’est-il pas le choix de son trésor ?
Les témoins du passé
Une longue tradition
Dans la zone occupée par le village du temps du Christ, un petit musée présente des poteries qui permirent de reconstituer l’histoire de Nazareth. Cette longue succession de générations qui s’enfonce dans la nuit des temps nous donne la mesure de l’infinie patience de Dieu qui, comme un homme, marche à côté de son fils, tout au long de la route (Dt 1,31). Ainsi, Dieu a marché au côté de l’homme pour le conduire jusqu’à la plénitude des temps. Luc, dans sa généalogie de Jésus, nous donne une liste au nombre symbolique de 77 générations et la termine par ces mots : Adam fils de Dieu ( Lc 3,38). Le Fils de Dieu, Jésus (ce qui signifie Dieu sauve), s’est ainsi enraciné par sa venue dans toute l’épaisseur de l’aventure humaine.
Le musée conserve en outre des pierres de l’église synagogale (2e siècle) marquées de nombreux graffiti, conservant à travers les âges la prière des premiers pèlerins venus ici proclamer leur foi et recommander leurs intentions à la Vierge. En effet, l’un de ces graffiti reprend la salutation de l’ange à Marie; XE MARIA (XE surmonté d’un trait est, dans l’épigraphie chrétienne ancienne, l’abrégé de KHAIRE : je vous salue).
Les fouilles entreprises avant la construction de la basilique moderne commencée en 1960 ont mis à jour une véritable superposition de sanctuaires. La succession des bâtiments, sans cesse reconstruits les uns sur les autres, confirme l’authenticité du lieu par la continuité d’une longue tradition, et l’on peut, en partant de la basilique actuelle, remonter le temps jusqu’à « la Maison de Marie ».
Maison de Marie
Il semble que, comme à Capharnaüm dans la Maison de Pierre, la première communauté se soit réunie dans la Maison de Marie.
Cette maison toute simple — une pièce
unique, faite de pierres grossières, comme les autres habitations de Nazareth —
devait se situer au-dessus ou en avant de la « grotte de
l’Annonciation », qui lui servait de cave ou de cellier. Cette maison, où selon la tradition
Marie reçut l’annonce de l’accomplissement de la Promesse, allait donc devenir le point de départ
d’une longue lignée d’édifices religieux.
La première église
La « Maison » de Marie, qui devenait sans doute trop exiguë pour accueillir la communauté chrétienne de Nazareth, fut remplacée dès le second siècle par une « église synagogale ». Elle nous permet d’approcher la vie liturgique de ces frères de la première heure : un baptistère, d’une grande simplicité, ne comporte qu’une vasque, aménagée dans une sorte de crypte cubique à laquelle on accède par quelques marches creusées dans le calcaire.
Une petite grotte, à quelques mètres à l’ouest de celle de l’Annonciation est dite grotte de Conon. Peintures et graffiti se réfèrent en effet au culte des martyrs. Les parois sont couvertes de rameaux dont certains sont fleuris. Ce décor fréquent dans les catacombes romaines proclame la foi en la Résurrection dont ont témoigné les martyrs. C’est ici, dans ce martyrium, que l’on faisait mémoire d’un lointain parent de Jésus, arrêté et martyrisé en 249, dans la province romaine de Pamphylie en Asie Mineure, lors de la persécution de Dèce ; les Actes des Martyrs et les graffiti relevés dans cette grotte semblent bien conduire à ces conclusions. Une mosaïque dédicatoire placée devant l’entrée, porte l’inscription grecque : « Don de Conon, diacre de Jérusalem ». D’époque byzantine, la mosaïque fut donc offerte par un homonyme du martyr, peut-être un parent.
Une basilique byzantine
Avec l’arrivée de Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, un nouvel élan fut donné : la Palestine allait peu à peu se couvrir de basiliques et de monastères ; le temps de la persécution et de la clandestinité était passé. Nazareth fut bien entendu doté de sa basilique.
Malgré les outrages du temps, plusieurs éléments intéressants subsistent de cet édifice. Ainsi en est-il de la mosaïque, dite de la Couronne et des Demeures sacrées, qui se prolonge par un pavement représentant la Croix cosmique connue aujourd’hui sous le nom de Croix de Jérusalem ; la croix à branches égales porte dans ses quatre angles un croisillon, symbolisant les quatre points cardinaux de l’univers. Relevée dans plusieurs sites judéo-chrétiens, elle rappelle que le Christ, par le mystère de sa mort et de sa résurrection, réconcilie en Lui tous les êtres, et refait l’unité d’un univers divisé, selon la parole de l’apôtre : ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres (Ep 1,10).
On peut dater l’édifice du règne de Théodose II et plus précisément entre 419, où toute la région fut secouée par un très violent tremblement de terre qui n’épargnera pas une seule construction, et 427, date à laquelle l’empereur interdit de reproduire des croix sur le sol « par respect pour l’instrument de notre salut ». Aux côtés de la basilique, s’élevait un monastère dont il ne reste que quelques traces de mosaïques ; mais tout devait disparaître en 612-614, mis à sac, rasé jusqu’aux assises par les troupes de Chosroês II, roi de Perse.
Au temps des croisades
S’étant rendu maître de Nazareth (1099), Tancrède, un des barons de la première croisade, ordonne l’érection d’un petit monastère mentionné en 1103 par un pèlerin anglo-saxon du nom de Soevulf. Puis aux environs de 1130 s’élève une belle cathédrale romane, à trois nefs avec absides : c’est dans ces années-là que l’évêché de Galilée établi à Nazareth est élevé au rang d’archevêché.
La cathédrale eut certainement à souffrir du passage de Saladin au lendemain du désastre des Cornes d’Hattin (1187), mais elle est encore là pour accueillir Saint Louis qui vient y célébrer la fête de l’Annonciation en 1254, lors de la septième croisade. Les victoires du Sultan Baïbars sur les Francs permirent au Mamelouk, quelques décennies plus tard, de ruiner l’édifice, très exactement en la vigile de la fête de la Vierge, le 24 Mars 1263.
Le temps des constructions imposantes était, pensait-on, révolu : une petite église fut bâtie en 1730 avec l’accord de Daher-el-Omar, le gouverneur turc de l’époque, puis démolie en 1955 pour permettre la construction de l’actuelle basilique, qui reprenait le tracé de la cathédrale des Croisés et en réutilisait même le mur nord.
Le Baptistère de l’église
saint Joseph
La crypte de l’église saint Joseph, toute proche de la basilique, conserve des vestiges judéo-chrétiens liés aux rites du baptême. La présence de ces deux baptistères à quelque cinquante mètres de distance ne peut se comprendre que si l’on se rappelle les divisions qui marquèrent l’histoire de l’Église dès les tout premiers siècles. Tandis que certains chrétiens d’origine juive progressaient dans une Église toujours plus ouverte à l’accueil des païens, d’autres, rebroussant chemins, se renfermant de plus en plus sur la Loi, éclataient en une multitude de petites sectes et se perdaient peu à peu se coupant de l’Église-mère.
Le baptistère de l’église saint Joseph comporte une vasque flanquée de quelques marches, un pavement fait de six rectangles de mosaïque blanche encadrée de noir, une petite rigole (obstruée aux extrémités, elle ne peut être un canal d’écoulement) et enfin une pierre noire insérée dans le pavement. Toute la signification symbolique du lieu aurait été perdue si saint Cyrille de Jérusalem, qui fut évêque de Jérusalem vers 350, n’avait décrit dans ses Catéchèses baptismales, le déroulement de la liturgie du baptême, telle qu’elle se pratiquait en Palestine.
Ainsi les six rectangles qui conduisent à la cuve baptismale évoquent, dans la symbolique judéo-chrétienne, les six anges : Michel, Gabriel, Uriel, Abrasax, Raphaël et Azael, qui présidaient aux six jours de la première création. Quand à la pierre de basalte, elle rappelait le rocher dont l’eau avait jailli au désert et qui, selon la tradition juive dont Paul se fait l’écho (1Cor 10,4),avait accompagné les Israélites jusqu’à leur entrée en Terre Promise.
Couvent des sœurs de
Nazareth
Le
couvent des sœurs de Nazareth dresse ses bâtiments à quelques pas à l’ouest de
la basilique. En 1884 la chute d’un ouvrier appelé pour nettoyer une des
citernes du couvent fut l’occasion d’une curieuse découverte : une salle
voutée d’époque romaine.
Les fouilles
allaient se poursuivre par la suite : d’année en année, elles
mettaient au jour tout un ensemble de voutes byzantines, de citernes et
d’escaliers bénédictins d’époque médiévale entourant et protégeant une maison
d’époque romaine, un
tombeau juif à pierre roulée et
des vestiges de tous ordres : tesselles de factures byzantine, fragments
de lampes à huile. Les fouilles commencées à la fin du 19e siècle
n’ont pas été menées, et pour cause, avec la rigueur en usage dans les
recherches actuelles. Néanmoins la convergence des indices semble bien conduire
à la reconnaissance en ce lieu des ruines de « l’église de la nutrition »
citée par saint Jérôme et par Arculf deux ou trois siècles plus tard.
Cette église est en effet visitée par saint Jérôme en 386 et mentionnée dans son traité De situ et nominibus locorum hebraïcorum (Localisation et noms des lieux hébreux).
En 670 , l’évêque gaulois Arculf, venu en pèlerinage, s’arrête au retour de Terre Sainte dans un monastère écossais. Il raconte en détail son périple à l’abbé du monastère, Adamiens, et l’illustre de quelques plans. L’abbé conserve soigneusement les souvenirs du pèlerin, qui nous parviennent par des copies des 8e et 9e siècles: « Comme Capharnaüm, la ville de Nazareth où Arculf trouva l’hospitalité est sans mur d’enceinte. Elle est sur une hauteur. Il y a de grands édifices de pierre, et on y a construit deux très grandes églises. L’une est au milieu de la ville et bâtie sur deux voûtes, au lieu où jadis se trouvait la maison où le Seigneur et Sauveur fut nourri. Comme on vient de le dire, cette église s’élève sur deux élévations de terrain et deux voûtes interposées. Elle possède, à l’étage inférieur, et entre ces deux élévations de terrain, une fontaine très claire : tous les habitants viennent y puiser l’eau. De l’église construite au-dessus on peut également prendre de cette eau avec de petits vases attachés à une poulie... nous avons reçu ces informations d’Arculf, qui y a demeuré deux jours et deux nuits. »