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2ème partie : Archéologie
LA GROTTE DE L’ANNONCIATION
Au
niveau le plus bas de la Basilique, on peut voir les vestiges les plus intéressants
des premières époques de l’histoire du Sanctuaire. La grotte aménagée en
chapelle avec autel que l’on voit sur le côté nord (à gauche, lorsqu’on regarde
dans l’axe de l’édifice) en est le point de départ. Elle constitue la partie
troglodytique de la maison de Marie. Le rocher primitif est encore bien visible
en maints endroits malgré les ajustements exigés par la vénération du lieu.
On
remarque ainsi dans le fond de la « Grotte » un escalier qui fut
ouvert à une époque plus tardive (peut être au temps des Croisades) pour faciliter
le passage des processions
Quelques
maquettes permettront de mieux comprendre ce qui a pu se passe, elles s’appuient
sur les vestiges des maisons du premier siècle mises au jour lors des travaux
de construction de la Basilique. On peut les voir dans le musée lapidaire
au-dessous du baptistère actuel édifié au nord de la Basilique.
Voici ce
qui reste et que l’on voit de l’une de ces maisons. Pour se situer, le mur de
fondation nord du baptistère (au centre de la vue précédente) apparaît dans le
haut de la photo.
Nous retrouvons ici, en maquette, la grotte que nous avons vue
sur la photo précédente. Un habitant l’a retenue pour en faire le cellier de sa
maison ; devant il construira la pièce d’habitation.
Tout
d’abord deux murs sont élevés sur les bourrelets rocheux devant la grotte…
Puis trois
ou quatre poutres…
Des
branchages, de l’argile bien étalée, un mur de façade et une porte, et la
maison de village est prête à recevoir ses occupants. Le modèle est classique :
dépendance aménagée dans une grotte naturelle ou creusée, et devant, une pièce
construite. On le retrouve du nord au sud du pays dans les régions de collines.
Nous pouvons donc penser qu’ici à Nazareth, comme à Capharnaüm dans la Maison de Saint Pierre, c’est dans cette maison où « le Verbe s’est fait chair » que se réunit la toute première communauté chrétienne. Des pierres, retrouvées dans le baptistère antique dont on parle ci-dessous, portent des prières en forme de graffiti. Elles sont aujourd’hui visibles dans le petit musée de la Basilique. Elles proviennent de la première église édifiée à l’emplacement de la Maison de Marie devenue vite trop petite. Sur un fragment de colonne on lit ceci : « … nées, au lieu saint de Marie. Tout de suite j’ai écrit là… je me suis acquittée de mes devoirs envers elle… »
LE MARTYRIUM
Sur la
gauche de la Grotte de l’Annonciation, une excavation creusée dans le rocher et
protégée par une grille attire l’attention. C’est le « martyrium » du
diacre Conon.
On sait
que cet homme, lointain parent de Jésus, fut martyrisé en 249 en Pamphylie, au
sud de l’Asie Mineure. Les murs du martyrium sont ornés de fresques
représentant fleurs et rameaux symboles de résurrection sur lesquels des
pèlerins ont écrit leur prière.
Retenons l’un de ces graffiti écrit de la
main d’une certaine Valérie, venue semble-t-il d’Asie Mineure. Le texte se lit
sur un fond de fleurs et de rameaux. En voici la traduction :
« J’ai fait mémoire de la lumière.
Seigneur Christ, sauve ta servante Valérie.
J’ai rendu témoignage à la mort de …
Donne la palme… à ceux qui sont mis à mort
pour le Christ
Amen »
Inscription
dédicatoire sur le seuil du martyrium du diacre Conon
LE BAPTISTÈRE
Datant
de la même époque, et toujours dans l’enceinte de la structure octogonale, on a
retrouvé un bassin carré, dans le fond duquel une cuvette est creusée : on
y accède par quatre marches taillées dans le roc ; aujourd’hui on ne peut
le voir que partiellement en raison du dallage byzantin remonté au niveau où il
se trouvait avant les fouilles archéologiques.
Une
photo en noir et blanc prise au cours de la construction de la Basilique donne
un aperçu plus complet de ce qui dut être le baptistère de Nazareth aux 2ème
– 3ème siècles.
Deux indices portent à croire en effet que ce bassin est un
baptistère : tout d’abord sa proximité de la première église construite sur
la Maison de Marie, secondement que ce bassin ressemble étrangement au mikvé,
bassin de purification juif, retrouvés nombreux en Palestine. Ici un mikvé mis au
jour dans les fouilles du Palais asmonéen de Jéricho. Fidèles aux modèles de la
tradition, les chrétiens d’origine juive ont repris les formes du bassin des
purifications juives pour célébrer le rite nouveau du baptême.
Le « baptistère » que l’on montre dans le sous-sol de
l’église voisine de Saint Joseph ne marque donc pas une volonté d’authentifier
ainsi la Maison de la Sainte Famille, mais témoigne de la division des
judéo-chrétiens à Nazareth : division connue par les écrits du temps. Nous
verrons plus loin que la Maison de la Sainte Famille est à chercher plutôt de
l’autre côté de la rue qui monte à la Basilique.
Le sol en mosaïque qui cache en partie le baptistère de la
Basilique est intéressant par les croix disséminées sur toute sa surface. Elles
permettent de dater le bâtiment du règne de Théodose II et plus précisément
encore entre 419 où toute la région fut secouée par un très violent tremblement
de terre qui n'épargna aucun édifice, et 427, date à laquelle l'empereur
interdit de reproduire des croix sur le sol “par respect pour l'instrument
de notre salut”.
Intéressant également est ce sol en raison d’une mosaïque,
typiquement judéo-chrétienne : l’un des deux carrés symbolisant la Trinité
et le mystère de l’Incarnation, le second le Paradis terrestre gardé par six
Chérubins. On donne à ce graphisme le nom de « Mosaïque de la
Couronne ».
CHEZ LES SŒURS DE NAZARETH
À moins de 100 m. de la Grotte de l’Annonciation, sur l’autre
versant d’un ravin presque comblé, le couvent des Sœurs de Nazareth renferme
dans son sous-sol des ruines qui soulèvent bien des questions. En sous-sol, un
escalier mène à une surface carrée voûtée en arrête, datant soit des Byzantins,
soit des Croisés. Sous un arc en partie muré, un étroit passage est à demi
obstrué dans sa partie basse par une margelle de puits, rapportée là à une date
inconnue.
La
margelle de marbre sombre porte à l’évidence les empreintes laissées par la corde
du puits au cours d’un très long usage.
En s’éloignant de cette surface voûtée vers la gauche, on
parvient après quelques mètres dans un large espace. Sous un très haut plafond
de béton cette fois, on découvre tout un écheveau d’éléments architectoniques
qu’il n’est pas évident de démêler.
C’est tout d’abord une maison semi enterrée dans le rocher. Le mur de gauche (A) et le bas du mur de fond (C) sont taillés dans le rocher. Dans le coin au fond à gauche on a peut-être la base d’un foyer (B). Une porte étroite (D) donne accès à un cellier de petites dimensions entièrement excavé. Une fenêtre est ouverte dans le mur de droite (E).
Le long du mur de droite on aperçoit un escalier (F). Avait-il pour fonction d’accéder à une éventuelle terrasse ou au contraire d’accéder à la maison en venant de plus haut : ce qui laisserait supposer qu’on descendait alors vers la maison déjà enterrée par la remontée du terrai. Mais pourquoi ? Était-ce pour la vénérer comme le laissent entendre plusieurs témoignages échelonnés dans le temps ?
Voici l’autre face de l’escalier (F) En voyant la qualité de
l’ouvrage, on est convaincu du décalage dans le temps entre la maison plus que
rustique dont on voit la fenêtre (E) et l’escalier si bien appareillé ; ce
dernier descendait à la maison et sa qualité laisse supposer qu’il appartenait
à un bel édifice, une église sans doute.
Sous
un arc de pierre un second escalier. Cette fois la datation est plus aisée car
la taille très particulière des marches est encore bien repérable malgré
l’usure du temps : c’est un escalier dit « bénédictin » dont on
retrouve dans les ruines du couvent du Mont Thabor un excellent modèle.

Escalier « bénédictin » du Mont Thabor
LE TOMBEAU
Enfin sous la courette devant la maison, les fouilles devaient
révéler la présence d’une tombe juive à pierre roulée. On aperçoit dans le
fond, les deux loculi dans lesquels étaient glissés les corps après leur
embaumement.
Ce
modèle de tombe est ici bien connu. On le retrouve à Jérusalem : dans la nécropole
de la famille d’Hérode ou dans celle d’Hélène reine d’Adiabène (ci-contre)
Dans la
nécropole d’Hélène d’Adiabène, le vestibule de la tombe.
Hélène
vint de la Mésopotamie du nord, dans la Ville Sainte au milieu du 1er
siècle de notre ère.
On voit ici la pierre ronde dans son logement. Roulée à droite elle ferme l’entrée dans la première pièce du tombeau.
Même
disposition aussi pour la tombe juive découverte sur la pente orientale du
Carmel lors du percement d’une nouvelle route.