“ Quand on a ÇA,
Monsieur, on a TOUT, on a un TRÉSOR ! ”
J’arrivai un certain
jour aux environs de midi, à une sortie d’autoroute ; la route
était déserte, pas une voiture en vue. Le feu
étant au rouge, j’étais arrêté quand
j’aperçois, traversant le carrefour en diagonale et venant
vers moi, un clochard :
vêtu d’une gabardine grise, le béret vissé
sur la tête et dans chacune de ses deux mains, un sac en
plastique.
Arrivé à ma hauteur, notre homme ouvre la porte de ma
voiture, s’assied et me dit : « Est-ce que je peux m’asseoir à
côté de vous ? » La chose étant déjà
faite, je n’ai plus qu’à lui répondre : « Oui ! Bien
sûr ! » Sur ce, le feu repasse au vert ; nous nous mettons en
route, et le voilà qui commence à me dérouler tout
bonnement son curriculum vitae.
Ouvrier agricole, il a travaillé dans les fermes, un
jour ici, un autre jour là, mais jamais de feuilles de paye,
jamais déclaré. Aussi, à soixante ans, la retraite,
mais la retraite sans un sou et donc sans autre solution que « la
cloche ».
En l’entendant, je suis émerveillé par la
sérénité de mon compagnon de route : jamais une
parole amère, jamais une plainte ; tellement
émerveillé que je profite d’un petit silence pour lui
glisser : « Vous faites vraiment mon admiration, car
vous n’avez pas la vie belle et pourtant vous avez l’air tellement heureux ! » Et le voilà qui se redresse et me dit :
« Je suis heureux ! Mais j’ai un secret ! » Je n’avais plus qu’à me taire.
On roule donc en silence quelques minutes, et je le vois qui sort de sa
poche un tout petit livret. Et voilà le clochard qui s’explique :
« Sûrement, vous ne connaissez pas ça, parce que vous
n’êtes pas croyant : c’est un évangile de Saint Jean ! »
Et il poursuit : « Cette nuit, j’ai dormi le long d’un mur de ferme bien
à l’abri du vent. Au petit matin, j’ai été
réveillé par la fraîcheur du jour, j’ai pris mon
petit évangile et je suis tombé sur cette Parole :
« Comme le Père m’a aimé, Moi aussi je vous ai
aimés ». Vous vous rendez compte, monsieur, Jésus m’aime
comme son Père l’aime...! Vous voyez, monsieur, Jésus
m’aime comme son Père l’aime !
Quand on a ÇA, Monsieur, on a TOUT, on a un TRÉSOR ! »
Et sans rien dire de plus, il a
rangé son évangile dans sa poche, nous avons
continué notre route... Tout était dit.