

Cette question revient très fréquemment. Elle a le
mérite de poser clairement la nécessité ou non de remonter aux origines du
peuple élu. À quoi bon scruter encore la vie des patriarches, tourner les pages
d’imposants codes de lois, écouter le récit de batailles gagnées ou perdues,
scruter la vie de personnages étonnants, lire les descriptions de fêtes
liturgiques ? Etc.
Il en va de l’Ancien Testament comme de notre enfance. Ce qui s’y est passé n’a plus vraiment d’actualité, une fois devenu adulte, et pourtant notre vie d’adulte est marquée par ce que nous avons vécu enfant. Comment oublier qu’il a fallu la patience, la sagesse et l’amour de nos parents et éducateurs pour nous permettre de grandir, de mûrir, de devenir autonomes et capables de donner à notre tour ? Comment oublier ceux qui nous ont donné à manger, appris à marcher, enseigné les règles de la vie en société et les bases d’une vie spirituelle ? Comment oublier que nous sommes passés par toutes sortes d’étapes plus ou moins heureuses pour arriver enfin à ce jour, tels que nous sommes ?
Vous l’avez vu au désert : Yahvé votre Dieu vous
portait comme un homme porte son fils tout au long de la route que vous avez
suivie, jusqu’à votre arrivée en ce lieu.
Deutéronome 1, 31
Il en est de même pour l’Ancien Testament. Le long apprentissage de la compagnie de Dieu ne peut se faire en un instant. Il a donc fallu du temps pour que le peuple, peu à peu constitué, lui donne toute Sa place en l’intégrant à sa vie quotidienne. Il a fallu du temps au peuple pour laisser Dieu se révéler afin que Sa réalité remplace les images illusoires. Il a fallu du temps au peuple pour comprendre le sens de la vie et pour l’utiliser au mieux. Il a fallu du temps au peuple pour trouver sa place et sa fécondité personnelles au milieu des autres nations. Il lui a fallu du temps pour apprendre à aimer et à pardonner, pour apprendre à prier aussi.
En
lui il nous a choisis avant la création du monde
pour être devant lui saints et sans tache.
Par amour il décidait dès ce moment
qu’il ferait de nous ses fils par Jésus Christ et pour lui.
Tel a été son vouloir et son bon plaisir,
afin que soit louée et glorifiée sa grâce,
ce don qu’il nous faisait dans le Bien-Aimé.
Éphésiens 1, 4-6
En somme, l’Ancien Testament est une contemplation de la longue patience de Dieu vis-à-vis de l’humanité. Car rien ne se fait sans patience ; rien ne pousse sans racines ; rien ne demeure solide sans le temps nécessaire. L’homme est si complexe et Dieu si délicat que seule une révélation progressive de son dessein pouvait nous convenir.
Il serait en effet absurde d’opposer l’Ancien et le Nouveau Testament. D’ailleurs, lorsque nous parlons d’Ancien Testament, nous faisons allusion à la chronologie. C’est-à-dire qu’il est Ancien au sens de premier, et non au sens de périmé. Il est Ancien et pourtant ce qu’il nous apporte est toujours actuel. Nous y apprenons la pédagogie de Dieu et les hésitations humaines ; nous y apprenons l’importance du temps et la fidélité qu’il provoque ; nous y apprenons la difficulté et les richesses des rapports humains. Nous voyons évoluer les mentalités des croyants obligés à la cohérence et au dépassement. Nous voyons Dieu à l’œuvre pour soulager la peine et renouveler son alliance.
Une fois adulte, demeure toujours en nous une part d’enfance et de naïveté, et nous ne pourrions être des adultes si nous n’avions été enfants ! De même, pas de Nouveau Testament sans l’Ancien. Pas de révélation ultime sans toutes celles qui l’ont préparée. Pas d’accomplissement sans ce qui précède ; pas d’achèvement sans commencement.
Et pourtant, cette proximité de l’un et l’autre
Testaments ne doit pas masquer la radicale nouveauté apportée par Jésus. Car
tout ce qui avait été annoncé ou préfiguré atteint avec Lui sa pleine maturité.
Les trois grandes catégories (la Loi, les Prophètes et les psaumes) de l’Ancien
Testament trouvent une ampleur extraordinaire et neuve :
– La Loi n’est pas abolie, mais intériorisée. Les dizaines de prescriptions et de commandements se résument en un seul : aimer Dieu et son prochain comme soi-même.
– Les Prophètes trouvent en Jésus non pas une parole sur Dieu mais la Parole même de Dieu à notre humanité.
– Les Psaumes : ces prières de larmes et de joie de tout un peuple deviennent la prière de Dieu à Dieu quand Jésus offre ces mots à son Père.
Car c’est bien à cela que cette longue histoire a préparé les cœurs : à la rencontre incroyable avec le Christ Jésus. Beaucoup attendaient en effet quelqu’un qui parlerait de la part de Dieu de façon encore plus claire et qui, peut-être, pourrait accomplir quelques miracles en son Nom. Mais Dieu est venu lui-même pour parler au cœur des femmes et des hommes et leur proposer ainsi une vie surabondante et lumineuse.
Que le Dieu tout puissant et créateur se fasse l’un de nous, voilà une révélation inattendue qui devient vite révolution. Folie pour les uns, scandale pour d’autres, blasphème pour d’autres encore... Mais pour celles et ceux qui ont su reconnaître le temps où Dieu les visitait, la vie s’est ouverte à la lumière.
Dieu dans le passé avait parlé à nos pères à bien des
reprises et de bien des façons par les prophètes, mais en ces jours qui sont
les derniers, il nous a parlé par le Fils. C’est par lui que Dieu a disposé les
temps de la création, et c’est lui que Dieu a fait l’héritier de toutes choses.
Il est l’irradiation de la Gloire de Dieu et l’expression de son être le plus
profond.
Hébreux 1, 1-3

Extrait de LA BIBLE, LIVRE DE VIE, Guide Totus, Sarment/Éditions du Jubilé, 2007
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Testament est il le même que le Dieu du Nouveau ?