François,
Chose promise chose due ! tu trouveras en pièce jointe les deux textes que l’ai lus ce matin. Fais-en le meilleur usage !
Merci pour cette belle journée !
Amicalement
Yvon
Intervention du 30 janvier 2010
60 ans d’ordination de Louis Hurault
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Lorsqu’il y a quelques mois François m’a demandé de réserver cette matinée pour participer à la célébration des 60 ans d’ordination de Louis, dans le cadre de l’assemblée générale de l’ASSBC, j’ai accepté sans hésiter et puis, comme toujours, au fur et à mesure que l’échéance s’est approchée l’angoisse de la page blanche m’a ressaisi. Je sais bien que vous allez me taxer de cabotinage comme on le fait chaque fois que de vieux acteurs prétendent avoir toujours le trac avant de monter en scène : allons donc quoi de plus facile pour un vieux prêtre que de prendre encore la parole en public une fois de plus après des milliers, quoi de plus banal pour lui que de nous délivrer quelques paroles bien senties sur la parole de Dieu, lui qui est censé la fréquenter depuis des décennies, quoi de plus évident que d’émailler son propos de quelques anecdotes édifiantes qui ne doivent pas manquer après avoir eu la chance inestimable d’habiter sous le même toit que Louis depuis sept ou huit lustres. Vous pourriez ainsi continuer à plaisir. Il n’empêche…
Alors, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas, j’ai choisi, un peu par paresse, peut-être aussi par pudeur de vous lire deux textes que je trouve particulièrement appropriés probablement deux inédits, assurément c’est le cas pour le premier d’entre eux
Extrait d’un mail reçu le 2 janvier 2010 en réponse à un courrier de vœux envoyé le jour même :
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« Les derniers jours de décembre, je les ai vécus comme je les aime. Je suis allé trois fois en prison voir les jeunes, les femmes et les condamnés. Nous avons célébré la messe deux fois. J’ai été particulièrement touché par les mineurs, une fois de plus. Je suis allé dans deux hôpitaux, une fois pour célébrer la messe avec les personnes âgées dépendantes. Je suis allé célébrer la messe de Noël également au Centre thérapeutique, où des personnes liées à la drogue réapprennent la vie en société, et au Relais drogue solidarité où les personnes qui n’osent pas encore aller se soigner sont accueillies, nourries et parfois hébergé. Prendre avec eux mon repas de Noël fut une grâce de Dieu. Le 30 et 31 décembre, tour de l’Ouest avec Mgr Dominique You. Je retiens beaucoup de choses, mais deux, particulièrement : Le 30 décembre au soir, nous approchions de Javouhey. J’avais déjà pris deux personnes en stop. Nous doublons un jeune. Je me dis, car il ne fait aucun signe, que nous pourrions tout de même l’aider. Je m’arrête et il monte, le temps de parler cinq minutes sur deux kilomètres. Il a 23 ans, sans travail. Il va à une réunion de formation biblique pour jeunes, sous le carbet d’une Église évangélique. Je l’encourage en lui disant que j’aime la Bible, et que je suis en train de lire le livre de Tobit. Puis je me ravise : « mais dans vos livres, vous n’avez pas Tobit… » Il me répond : « C’est vrai, mais le la connais, c’est une belle histoire, celle où l’ange Raphaël guérit la jeune fille et Tobit… » Je suis ébloui de voir la connaissance de ce jeune homme et son amour même des livres qui ne sont pas dans les bibles protestantes. Je me mets à rêver du jour où les jeunes de mon Église auront une telle richesse… Je repense alors à ma dernière interview à Radio St Gabriel, au cours de laquelle un journaliste réplique à une parole sur la beauté de la Parole de Dieu : « Oui, Monseigneur, mais vous savez bien que souvent la Bible est compliquée… » J’ai réagi très vivement : « Je supplie mes frères d’arrêter de réagir toujours ainsi. Je supplie les animateurs de la Radio de cesser d’avoir toujours cette réaction malheureuse dès qu’on parle de lire la Bible. Jamais je n’ai entendu un protestant se plaindre que la Bible était trop compliquée. Il n’y a que les catholiques pour distiller cette méfiance, ce prétexte, cet appel à l’immobilisme. Tous savent que chaque fois que nous acceptons de la lire en priant, nous en découvrons l’incroyable richesse. Je me réjouis tellement de la voir de plus en plus souvent dans les mains de mes frères et sœurs. Pourquoi continuer cette antienne décourageante ? J’y vois un atavisme qui frise le manque de respect pour la Parole et l’inertie qui empêche de regarder, en vérité, la puissance de cette Parole… » |
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J’étais assez dépité de cette remarque. Je prie pour que 2010 soit l’Année pendant laquelle mon Église tout entière chantera sa joie et sa fierté d’être le Peuple de la Parole, le peuple héritier de la Parole, le peuple porteur de la Parole, le peuple annonceur de la Parole.
Le 31, nous sommes de retour. Un appel. J’arrête la voiture et je le prends. C’est Monique, aumônier de prison, qui m’appelle pour une urgence. J’y vais directement, je suis accueilli pas deux des autorités de la prison. Ils me conduisent près d’une jeune fille de 18 ans. Elle a tenté, cette nuit, de mettre fin à ses jours. Elle été prise à l’aéroport avec un kilo et demi de drogue dans sa valise. Elle me dit qu’elle voulait seulement trouver 700 euros pour payer une formation en métropole. Elle n’arrivait pas à dormir et on lui a donné des comprimés. Deux ne faisant rien, me dit-elle, elle a fini par prendre toute la boite. Mais il y a plus d’un an, déjà, quand son ‘ex-ami’ l’avait trompé avec sa meilleure amie, elle avait voulu se suicider. Nous avons parlé longuement. Elle a été conduite chez elle par la police, qui a perquisitionné la maison en présence de sa mère et de ses frères et sœurs. Cette humiliation lui a été très dure. Elle ne se pardonne pas beaucoup, et elle a peur que sa mère ne lui pardonne pas…Je suis retourné la voir, ce matin, et elle allait beaucoup mieux. Ensemble, nous avons lu le psaume 139. Je lui ai laissé le Ps 51, un Évangile avec comme textes Lc 15 et Jn 8. » (Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne)
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Du beau témoignage d’une bénédictine Sœur Loyse Morard, prieure du monastère d’Ermeton-sur-Biert, à une vingtaine de kms de Namur, sur la lecture de la Bible sous le titre : « lire la bible sans méthode ? » [1].Quelques extraits. Je ne les ai pas fait lire à Louis, mais je pense qu’il pourrait signer des deux mains la plupart de ces lignes :
« Dans les milieux religieux ou parmi les clercs, nombreux sont ceux qui, depuis des générations, ne se nourrissent pas vraiment de la Bible mais recourent plutôt aux ouvrages dits de spiritualité dans l’espoir de s’y sentir rejoints dans leur vie personnelle et d’y goûter un peu de saveur. Mais cette eau là qui semble couler de source ne tarde pas à tarir ; les ouvrages de spiritualité les meilleurs renvoyant eux mêmes à la Bible où ils s’enracinent, rien ne remplacera jamais pour personne, la rencontre directe avec la parole de Dieu, inépuisable. Pourquoi multiplier les intermédiaires ? Chacun n’a-t-il pas le droit et le devoir d’accéder à cette parole, librement, humblement, quotidiennement ?
« La Bible est plus qu’un livre, elle est une parole et toute parole est proférée par quelqu’un. Aucune méthode d’investigation ne permettra jamais d’atteindre au cœur d’une personne qui par définition échappe toujours à l’emprise de quiconque. Il en va de même avec la Bible. On ne peut jamais prétendre savoir tout de l’autre, l’avoir compris… »
La sœur prend alors la comparaison de l’amour : « Il faut écouter, regarder l’autre, s’exposer aussi à son attention, et cela passe aussi par les mille et un chemins, souvent imprévisibles ou inattendus, que peut ouvrir la fréquentation quotidienne. Tous les vrais amoureux le savent, ils se rient des méthodes ; l’amour les transcendant toutes, il en invente sans cesse de nouvelles… Il crée lui même ses voies d’approche…il n’y a pas de méthode pour aimer. « Il faut donc aborder le texte avec amour, seule condition d’un accès joyeux et fécond à la parole de Dieu…Avec amour, je pourrais dire aussi avec gourmandise. « Le véritable amoureux de la parole de Dieu l’aborde sans préjugé, complètement ouvert à ce qu’elle va lui révéler. Il sait que son dévoilement est infini. Il sait qu’il ne sait pas. Libre de tout dogmatisme. Pur chercheur, habité par une seule question : « Qui es-tu donc ? » et subsidiairement « qui suis-je devant toi ? »[2]… «Il ignore ce qu’il cherche, il reçoit plutôt ; attentif à tout, curieux de chaque détail, en quête de sens plus que de certitudes… ce sens qu’il découvre peu à peu lui parle tout à la foi de Dieu et de lui même…sans jamais enfermer ni Dieu ni lui même dans une formule définitive, qu’elle qu’elle soit, car aucun homme n’est achevé et Dieu est toujours au delà de ce qui est dit de lui, fut-ce par sa propre parole. « Prétendre tout comprendre d’un texte- en tout cas du texte biblique- c’est le réduire à un simple discours objectif, c’est en faire une idole. « Le scruter avec attention, s’intéresser à lui sous toutes ses faces et de toutes les manières, le tourner et le retourner dans sa mémoire, dans son cœur, le copier, le traduire, y revenir vingt fois après l’avoir oublié, l’approcher par toutes les voies possibles, en usant de n’importe quelle méthode- car aucune ne suffit et toutes sont bonnes- c’est sortir de soi, mettre son existence à nu, s’exposer, prendre le risque d’une découverte capable de faire voler en éclats les idées toutes faites les plus arrêtées … »
« La lecture est à la fois une ascèse et un art :
« Lire la Bible, c’est entrer dans une histoire avec sa propre histoire. Cette histoire habitée par un souffle qui l’oriente, nous oriente avec elle, à l’infini. Un dévoilement s’opère et de Dieu et de l’homme. Événements et personnages nous acheminent peu à peu vers celui qui est l’un et l’autre : Jésus de Nazareth, annoncé, vivant parmi nous, mort ressuscité, monté au ciel et désormais toujours à l’horizon d’une recherche qui n’en finit pas.
La vraie lecture, – la véritable lectio divina – incarne et nourrit cette recherche. Son effort, radical et totalitaire, ne peut se limiter à l’application d’une méthode. On a pu la comparer à une caresse, toujours reprise, délicieuse, qui effleure, respecte, enveloppe et découvre ce quelle touche, sans jamais s’en emparer. Une telle lecture porte bien son nom : elle est divine.
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