De part de Jean-Claude DEMULE ce dimanche matin 31 janvier

 

 

 

 

 

Merci François pour cette belle journée en Église. Pour toutes les richesses évoquées et partagées. Merci pour cette belle fête de la foi.

Je te joins le témoignage de Pascal car, ne nous y trompons pas, ce n'est pas moi qui ai témoigné, mais Pascal. Moi dans tout cela, je ne suis qu'une petite courroie de transmission. C'est au Grand Patron du garage qu'il faut dire merci, le simple mécano que je suis a un peu les mains dans le cambouis, mais c'est le Boss qui fournit l'eau et l'huile, règle l'allumage, entretient les bougies et nous regonfle un peu quand nous sommes à plat... Il est bien au dessus des papes et des soupapes que nous sommes. Allez, courage tous en route pour la Vie d'Ange. 

Fraternellement, Jean-Claude  

 

 

 

 

Voici le témoignage de Jean-Claude hier samedi :

 

François m’a demandé si je voulais bien donner un témoignage sur l’importance de la Bible, du partage de la Parole de Dieu et pour certain de la découverte de la foi en milieu carcéral. Ceci passe aussi, bien sûr, par les efforts que nous faisons ensemble, vous, association, et nous, aumôniers, pour que cette Parole arrive jusque dans les coins les plus fermés de notre société. J’ai découpé ce témoignage en trois parties ;

·       La première, pour partager avec vous comment le Seigneur par sa Parole m’a interpellé pour cette mission d’Église.

·       La deuxième, pour expliquer brièvement nos actions entre les murs.

·       La troisième, la plus importante à mes yeux, le témoignage de Pascal  ancien détenu de Bois-d’Arcy qui m’a envoyé un très beau et émouvant témoignage de sa rencontre du Seigneur en détention.

 

Je vais donc commencer par vous dire comment le Seigneur, par sa Parole, a agi avec  moi.

 

 * Quand, en 2004, Mgr Aumonier m’a fait demander si j’acceptais comme nouvelle mission d’être aumônier de prison, j’ai été très désappointé.

Je ne m’attendais pas à cela et sincèrement, je n’étais pas chaud du tout.

Je dis au vicaire épiscopal que je lui donnerai ma réponse sous 8 jours, mais il s’est bien aperçu à ma tête que cela ne m’emballais pas du tout. Rentrant  chez moi, j’annonce ce que je considérais comme une “véritable catastrophe” à Claudie mon épouse, lui disant que je ne m’y voyais pas du tout, elle me répond, qu’au contraire, elle m’y voit très bien… stupeur générale et panique à bord, car mon épouse a toujours été de bon conseil pour moi.

Le soir, après la prière des vêpres, dans le secret de notre petit oratoire familial, j’en profite pour dire au Seigneur que là, il me fait un coup “en vache” et je ronchonne à n’en plus finir contre Lui. Voyant la Bible ouverte, il me vient très fort à l’esprit : « Prends et lis ». Alors je prends cette Bible qui est là, ouverte au hasard du ménage où Claudie l’avait laissée.

Je vous lis le passage du psaume 107 sur lequel mes yeux se portent :

Ils étaient là en un monde de ténèbres, rivés à la misère, rivés à leurs fers,

Pour n'avoir pas écouté les paroles de Dieu, pour avoir méprisé les avis du Très-Haut. Il les avait brisés par les épreuves, ils chancelaient et nul ne les secourait. Mais dans l’angoisse, ils crièrent vers le Seigneur, lui les tira de leur détresse. Il les fit sortir du noir, des ténèbres : il avait rompu leurs chaînes.

Il a brisé les portes de bronze, il a mis en pièce les verrous de fer.

Ils faisaient les fous sur les chemins du péché et ils devaient payer leurs fautes. Ils ne supportaient plus aucun aliment, ils étaient arrivés aux portes de la mort. Mais dans l'angoisse ils crièrent vers le Seigneur et il les tira de leur détresse.

Alors, je me suis arrêté de lire, profondément troublé, c’était un peu comme si le Seigneur me disait « regarde leur misère, que vas tu faire ? ». Pour moi, pas de doute, il était bien question des prisonniers. Alors, je dis au Seigneur, bataillant encore avec lui :

" Mais enfin Seigneur qu'est ce que je vais foutre en prison ? Que veux tu que je dise à ces types, que puis-je leur apporter ? Non je n’irai pas, t’es bien gentil mais c’est non’’

Un peu le genre : Seigneur que ma volonté soit faite.

Me calmant un peu, je reprends la Bible et lis la phrase suivante : «  Il envoya sa Parole, elle les remit sur pied et les fit échapper à la tombe. »

Alors retrouvant la paix, dans la confiance, je lui ai dis oui. Un bon diacre se serait souvenu plus tôt qu’il était ordonné aussi pour être serviteur de la Parole au service de tous et surtout des plus pauvres.

* L’aumônier de prison a cette grande possibilité de visiter en cellule, seul, sans surveillance, les détenus et cela pour le temps qu’il veut.

       Visite de tous les nouveaux arrivants.

       Visite de ceux qui le demandent.

       Visite de ceux qui participent à nos activités (formations diverses, groupe Bible, groupe de parole, messe, chorale…)

       Visite de ceux qui sont à l’isolement ou au mitard.

 

Un jour, je visite un homme, Pascal, qui venait d’arriver, il était très mal.

Je le retrouve quelques jours plus tard au quartier isolement, enfermé en cellule bien sûr, mais enfermé aussi en lui-même. Après quelques minutes pratiquement sans paroles, je lui demande s’il souhaite que je revienne le voir. Réponse positive.

A la deuxième visite, il me demande si je peux prier pour lui, là, en cellule. 

A la troisième visite, je lui offre une Bible (des Peuples bien sûr) et nous prenons l’habitude de lire un passage des évangiles, celui que Pascal aura choisit lui même, puis nous échangeons sur ce texte et enfin nous prions, ensemble.

A la quatrième visite, comme il voulait mieux comprendre ce qui se cachait derrière les mots, je lui offre un Vocabulaire de Théologie Biblique.

Nous nous sommes rencontrés 1 heure par semaine durant ses 18 mois de détention, puis il a été relâché, toujours sans jugement à ce jour.

 

Avant de vous lire, avec son accord, une des lettres qu’il m’a envoyée depuis sa sortie, je tiens à vous dire l’énorme importance que les détenus attachent à la lecture de la Bible, de leur Bible, où ils y cherchent et trouvent réconfort et force pour vivre le jour présent.

Nous en offrons en grand nombre, en toutes langues (allemand, anglais, Espagnol, Italien, Russe, Roumain, Indi, quelques unes en dialectes Africains, j’ai même offert deux évangiles en Arabe à un musulman qui me demandait un Coran pour lui et son codétenu ne parlant pas Français ; je lui est dit je n’en avais pas, mais que je pouvais donner un Livre sur la vie de Issa (Jésus pour les musulmans).

Durant les 6 ans qui viennent de s’écouler, nous en avons offert quelque chose comme 1100/1200, la majorité en français.

Je remercie vivement Louis et l’ASSBC qui nous permettent, par les prix pratiqués, cette diffusion de la Parole de Vie en ce lieu de grande misère,

Pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort.

Pour conduire nos pas et leurs pas au chemin de la paix.

 

L’année dernière, nous avons mené avec François et Fernand, une action auprès de toutes les prisons de la région pénitentiaire d’Ile de France qui comporte 12 établissements répartis sur 8 départements. Nous permettant d’acquérir 720 Bibles des Peuples petit et grand format.  Merci à vous les amis

 

Quelques mots sur Pascal, depuis sa sortie de prison nous nous écrivons régulièrement et je vais vous lire sa dernière lettre. Avec son accord, une partie de cette lettre est parue dans Panorama de décembre 2009. 

Vous vous rendrez compte en l’écoutant que Pascal est un homme érudit ; il a déjà publié deux ouvrages et attend la fin de son jugement pour en écrire un sur la prison où, paraît-il, l’aumônerie aura toute sa place.

Je lui laisse avec grande joie le mot de la fin, car c’est le meilleur des témoignages.

Merci à vous.

 

 

Cher Jean-Claude,

Je suis heureux d’avoir quitté Bois-d’Arcy, mais je suis parti avec le sentiment très mélangé, la tristesse de laisser tous mes compagnons de souffrance.

 

Je suis entré à la maison d’arrêt des Yvelines il y a 18 mois en déplorant de ne pas avoir la foi, juste convaincu que mes valeurs humanistes sauraient me valoir le salut « au cas où ».

 

Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que j’ai la foi. Foi sincère ou symptôme de celui qui a eu besoin de trouver un sens aux choses pour survivre à l’épreuve ? L’avenir le dira.

 

Ce qui est sûr, c’est que l’homme qui sort n’est pas le même que celui qui était entré.

Mes valeurs n’étaient amarrées à rien, elles flottaient dans le vide. Le résultat, c’était sans doute une force insuffisante pour les accomplir réellement.

 

Tu m’as donné une Bible, je l’ai lue d’innombrables fois, je l’ai trempée de mes larmes quand j’y cherchais le sens, pour qu’Il me dise pourquoi il fallait souffrir autant. Elle a été le témoin des moments de souffrance les plus profonds et aussi les plus intimes que j’ai vécus entre les murs.

 

Toi et toute l’équipe d’aumônerie, vous n’avez jamais été loin de moi. Vous avez été le fil rouge de compassion dont j’avais tant besoin. Il n’est pas exagéré de dire que votre présence et votre amour ont été vitaux. Qui sait ?

 

Alors que je ne faisais que le pressentir auparavant, j’ai acquis là-bas la certitude que rien ne vaut la peine s’il n’est fait par et pour l’Amour. Au-delà de cette certitude, j’ai surtout appris à vivre cet Amour.

Je pense que la vie est faite pour que nous apprenions. Nous avons chacun un programme différent, mais  nous sommes tous dans la même classe. C’est sûrement ça, la fraternité.

 

Je suis sorti de prison avec, je crois, la foi. En tout cas, plus humblement (qui peut prétendre avoir la foi ?), la conviction que la vie a un sens, qu’on y a un devoir d’amour sans laquelle elle produit ou devient un enfer de non-amour pour l’éternité. Comment toucher du doigt le non-amour mieux qu’en subissant la prison?

 

J’ai besoin de prière, de recueillement, de relecture de mes actes et de mes journées. Le silence m’est nécessaire. Je me sens dans la vie de tous les jours comme un nageur qui a besoin de temps en temps de se reposer et de reprendre son souffle de peur de se noyer.

 

Le retour à la liberté apprend ça : on n’est libre que si on le décide, ce n’est pas une question de murs. L’amour et la tolérance, la mesure et la tempérance que la prison m’a appris, il est très difficile de les entendre à nouveau dans le brouhaha de la vie.

 

La vie est un brouhaha dans lequel on se perd, c’est ce que j’ai ressenti en sortant. On ne va nulle part à force de tourbillonner, on ne dit plus rien à force de parler, le bruit de fond est omniprésent et empêche d’entendre la Voix si ténue qu’on appelle comme on veut, mais qui dit que sans tendresse, la mort sera une défaite.

 

J’ai appris aussi que cette Voix, si fragile, qui ne s’impose jamais, on a toute la vie pour l’entendre et faire ainsi de sa vie et de sa mort une victoire. C’est pourquoi ce que je lis ici où là sur la peine de mort, ces condamnations hystériques sur internet ou ailleurs de ceux qui seraient des « montres » irrécupérables me font très mal et me touchent.

Le pire crime, c’est celui-là, finalement : nier la possibilité pour tout homme d’entendre un jour l’appel de l’Amour. Qui a donc le pouvoir de nier ça ?

 

Il faut continuer de prier pour moi, pour que je n’oublie pas tout ça. J’ai peur de ce réflexe de survie qui me ferait tourner la page, oublier peut-être mes frères, voire renier l’épreuve qui m’a pourtant constitué.

 

En retour de ce que tu as fait pour moi, de toutes ces choses qui n’ont pas de sens si on les rend, je te promets d’essayer de transmettre, en cessant d’empêcher le Seigneur de passer à travers mon cœur pour toucher ceux qu’Il voudra atteindre. Avec l’aide du Seigneur et celle de tes prières, qu’il me soit donné de m’abandonner à l’Amour au point de permettre à mon prochain de croire en Lui, chacun à sa façon.    

  

Je veux, aujourd’hui comme demain, te dire Jean-Claude, combien tu as compté pour m’aider sur ce chemin-là, sur le chemin qui m’a permis de relier mes valeurs, flottant tellement dans le vide, à une dimension spirituelle sans laquelle je me perdais, ou au moins je me gâchais.

 

Je n’oublierai jamais, c’est impossible, ton désarroi quand je pleurais, tes prières quand je ne pouvais pas prier moi-même, et surtout ta présence et ta compassion.

 

Ni toi ni moi ne saurons jamais ce que je te dois.

Veille bien sur tous mes frères, je t’embrasse et te dis à bientôt.

 

 

                                                                                              Pascal.

 

 

 
 

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